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vendredi 3 août 2012

Revue de presse... Pas de Maringotes au Mont-Saint-Michel en 2012... Et après ?


On ne verra peutêtre plus de maringotes au Mont Saint Michel...

La nouvelle est tombée sous forme d'un communiqué de Véolia à l'AFP ce jeudi 2 août 2012 : Les 6 Maringotes quittent définitivement le Mont Saint Michel.

(voir nos articles précédents)

Un reportage de FR3 Normandie devenu depuis "collector" !


Les Maringottes du Mont Saint Michel tournent à vide ! par hippotese

Déjà absentes de l'inauguration du 28 avril 2012, puis livrées avec retard et enfin mises à l'essai depuis deux mois, mais sans passager, les Maringottes sont irrémédiablement recalées sur leur test de sécurité et ont été chargées sur des camions, ce vendredi 3 août vers une destination inconnue pour "autopsie"...

En cause, des soudures de châssis peu fiables et des problèmes de direction...

"C’était un prototype unique au monde, qui malgré tous nos efforts n’a pas pu aboutir", reconnaît Régina Dutacq, responsable d’opération chez Veolia qui gère les parkings et les moyens d’accès au Mont.
"Les ingénieurs considèrent en effet que les tests de résistance effectués sur les prototypes n'ont pas été totalement probants et nous avons préféré renoncer à leur utilisation par principe de précaution. Même si aucun danger pour le public n'est clairement apparu, la fiabilité à long terme des navettes n'était pas suffisante", précise t-elle.


Première présentation du prototype de Maringotte, le 6 décembre 2011...

Déjà, lors de leur première présentation par Veolia, le 6 décembre 2011, à en croire le site très documenté lemontsaintmichel.centerblog.net les navettes hippomobile n'avaient pas convaincu les visiteurs, je cite :

"ll est vrai que ces tubulures d'aluminium ornementés en partie de bois, font plus penser à un wagon recustomisé qu'à une maringotte. Mais s'il faut croire les propos du président du syndicat mixte, cette réalisation est un chef d’œuvre de l'art contemporain..."

"A l'intérieur, au premier niveau 20 places assises avec de larges baies vitrées, non jointives avec la carrosserie qui laisseront de substantiels courants d'air l'hiver, conjugué à une absence totale de chauffage."

"Au deuxième niveau, par lequel on accède grâce à un escalier étroit aux contre-marches très hautes et inclinées (type échelle de meunier, donc inaccessible à des personnes âgées), se trouvent, en plein air, 25 places assises."

"Le véhicule est à l'arrêt, freins serrés et sans chevaux attelés. Pourtant dès que l'on accède au second niveau, on ressent un phénomène de tangage surprenant. Qu'en sera-t'il en conditions normales de circulation ?"

Ces impressions ont depuis été partagées par d'autres observateurs lors des essais in-situ.


Les ouvriers du constructeur des maringotes (le carrossier MTM) à Avranches, posent dans le premier exemplaire... (photo MTM)

Des soudures défectueuses ?

Quand même, Il est très étonnant qu'un constructeur carrossier telle que l'entreprise MTM d'Avranches, spécialisé depuis 15 ans dans la fabrication de carrosseries haut de gamme pour le transport de chevaux (fourgons, camions ou vans tractés) rate des soudures sur 6 maringottes !
il est beaucoup plus probable que les "ingénieux" ingénieurs de Véolia (ou ceux de Car&D) qui ont fait la conception et la modélisation 3D de la structure et son optimisation par simulations informatiques, se soient un peu trompés dans leurs calculs de résistance des matériaux avec le cahier des charges impossible à tenir qui leur était imposé... A savoir : une capacité de 50 places pour un poids à vide de 1,5 T et d'ailleurs ce sont, dit-on, les techniciens de MTM qui ont tout fait pour renforcer la structure (les maringotes sont sorties des ateliers avec un poids de 2 tonnes soit 500 kg de plus que prévu).

Croisements et dépassements impossibles...

Mais les ennuis de Véolia ne s'arrêtent pas là, car comme l'a mis en lumière le site lemontsaintmichel.centerblog.net, décidément très clairvoyant, les maringotes font 2,50 m de large (pour 10m à 11m de long environ, chevaux compris), les navettes automobiles (les passeurs) font 2,70 m de large (pour 14,5m de long) et la voie sur la future passerelle fera 6,5 m de large entre de hauts trottoirs (pour la sécurité des piétons qui se rendront "pedibus" au Mont).


Vue frontale d'une maringotte... Imposant quand même !

En imaginant que les véhicules circulent à 0,20 m du bord de la chaussée (il va falloir être attentifs les gars...), un passeur qui croise une maringote le fera avec un espace de moins d'un mètre, 0,90 m pour être exact (6,5 - (2,7 + 2,5 + 0,4)), avec une vitesse relative de 35 km/h (25 + 10), en effet, un attelage au petit trot fait 10 km/h environ, les passeurs doivent circuler à 25 km/h et les 2 véhicules circulent en sens inverse...
Croiser ou doubler dans ces conditions (et sans parler des jours avec vent latéral) Je vous le dis, ça va être coton, personnellement, je ne postulerai pas comme chauffeur-meneur...

NB : les passeurs se croisent eux, suivant le même calcul, à 0,70m et à 50 km/h de vitesse relative, à tel point que leurs rétroviseurs qui risquaient de se percuter ont été démontés et seront remplacés par des caméras vidéo...

Le plus drôle est que les 6 passeurs (et les 5 bus standards en renfort) qui circulent donc à 25 km/h (une vitesse plus que triple de celle des navettes hippomobiles) se succèdent toutes les 3 mn en heure de pointe et que les maringotes (6 étaient prévues à terme) circulent à 7,5 km/h de moyenne (rappelez-vous, 500 m au pas à 5km/h, 1km au petit trot à 10km/h et 500 m au pas à 5 km/h) et se succèdent toutes les 15 mn (le cadencement sera variable suivant l’affluence)...
Je vous fait grâce du calcul digne d'un (très) bon certificat d'étude mais chaque maringotte pourra croiser au moins 5 navettes et être doublée par autant (donc 10 chances d'avoir un accident, 20 par aller-retour)... Elle est pas belle la vie ?


Une maringote quitte son parking...

Mais là où ça pousse à la franche rigolade (quoique, c'est plutôt triste...), c'est que le code de la route dans son article R414-4, en vigueur depuis le 22 Juin 2003, précise dans son point IV et suivants, que :

IV. - Pour effectuer le dépassement, il doit se déporter suffisamment pour ne pas risquer de heurter l'usager qu'il veut dépasser. Il ne doit pas en tout cas s'en approcher latéralement à moins d'un mètre en agglomération et d'un mètre et demi hors agglomération s'il s'agit d'un véhicule à traction animale, d'un engin à deux ou à trois roues, d'un piéton, d'un cavalier ou d'un animal.
V. - Le fait, pour tout conducteur, de contrevenir aux dispositions des II à IV ci-dessus est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la quatrième classe.
VI. - Tout conducteur qui contrevient aux dispositions des II à IV ci-dessus encourt également la peine complémentaire de suspension du permis de conduire pour une durée de trois ans au plus, cette suspension pouvant être limitée à la conduite en dehors de l'activité professionnelle.
VII. - Cette contravention donne lieu de plein droit à la réduction de trois points du permis de conduire.

Franchement, vous êtes conducteur de "passeur", en un aller-retour, vous doublez 5 maringottes et en croisez 5, à 3 pts par infraction, si vous n'avez pas d'accident, vous perdez 30 pts (sur 12) et vous gagnez 30 ans de suspension de permis de conduire... Pour un chauffeur professionnel, en une demi-heure, c'est imbattable !


Les maringotes tournent à vide lors des essais de fiabilité...

Une gabegie financière...

La flotte des douze véhicules (6 passeurs automobiles et 6 maringottes hippomobile) a coûté au total 6,5 millions d’euros. Comment avec de tels moyens en arrive-t-on à des solutions techniques aussi désastreuses...
Et ça continu de coûter... Car la date de mise en exploitation de la Délégation de Service Public (DSP), accordée à Veolia était fixée au 28 avril 2012, et depuis cette date, pour n'avoir pas pu fournir tous les passeurs et avec les 100 places prévues (seulement 66 places ont été autorisées), Veolia a payé 400 000 € de pénalités et paye pour les maringottes absentes une indemnité de 500 € par maringote et par jour, soit un total de 3000 € / jour.

Véolia s'est, depuis vendredi 3 août, engagé à fournir des calèches "classiques" (et temporaires) de 20 places avant fin 2012 et à concevoir de nouvelles maringottes pour 2014...


La maringotte au design futuriste va peutêtre disparaître...

D'après quelques indiscrétions (à confirmer), le modèle à deux étages, au design futuriste (que personnellement, j'aime assez) pourraient perdre un étage et descendre à 20 ou 25 passagers, voilà qui résoudrait le problème de la charge pour revenir autour de 3 tonnes, ce que nous préconisions dans un billet précédent...

Tant que l'on en est aux conseils... Il faudra peutêtre aussi réduire la largeur des maringottes (à 2 m ?) pour pouvoir les doubler ou les croiser, ou augmenter la largeur de la voie roulante sur le tablier de la passerelle (si c'est encore possible, mais ce sera sûrement au détriment des trottoirs).
Il faudrait sans doute aussi mettre les maringotes sur rail afin qu'elle ne dérivent pas lors du passage des passeurs (ce qui résoudrait du même coup le problème de la puissance des attelages et permettrait de remonter à 30 passagers pour 2 chevaux).

On peut aussi imaginer une passerelle de largeur inchangée mais avec 3 élargissements (un tous les 500 m) qui seraient des zones de croisement ou dépassement sécurisées...

Nous conseillons aussi plutôt une maringotte bicéphale (à 2 sens de conduite) avec un poste de menage surélevé (au dessus des chevaux ce qui permettrait de ne pas perdre de longueur) et parfaitement capoté (il pleut parfois et il vente souvent, dans la baie), celà autoriserait la conception de véhicules sans système de direction sophistiqué (puisque sur rail) car le système retenu qui est complexe ((rappelons que Veolia a déposé un brevet d'essieu directeur à double détente pour permettre aux maringottes de faire demi-tour sur 8,5m) favorise sans doute la prise de poids du véhicule, la fragilité du châssis et la sensibilité au tangage ?

Allez, "ingénieux ingénieurs", il faut nous trouver une solution, pour que Énergie Animale soit dignement représentée pour atteindre la merveille des merveilles...

En attendant un avenir meilleur, les chevaux du Mont, cobs normands, postiers bretons et percherons, ont rejoint leurs écuries (au frais de Veolia) et les vingt-cinq meneurs, (dont la formation a quand même coûté 187 500 €), vont devoir se reconvertir en agents de parking et d’accueil. Heureusement que celà était prévu dans leur contrat d'embauche (voir l'offre d'emploi du 28 juin 2012 de Véolia-transdev), Ha, ils avaient tout prévu les bougres...

jeudi 12 janvier 2012

Les Maringotes du Mont Saint Michel dans les sables mouvants...

Les navettes qui transporteront les visiteurs des parkings au Mont Saint Michel devraient démarrer début 2012, c'est le moment de faire le point de la situation.

Cet été, en août, profitant des vacances, nous sommes allés à la mer, du côté de la baie du Mont Saint Michel.
Vue de Savoie, cette région est un havre de paix propice aux promenades pédestres et équestres (la fameuse traversée de La Baie), à la pêche à pied, aux dégustations de coquillages, à la baignade...

Évidemment nous avons profité de la proximité du Mont Saint Michel pour faire une visite (non pas au Mont surfréquenté, ou alors à faire de nuit), mais aux chantiers et aux travaux d'aménagement (Voir billet précédent).

Le barrage "chasse d'eau" sur le Couesnon est terminé, bel ouvrage qui offre une jolie perspective vers le Mont, imaginez... debout sur la proue du Titanic...


(photo D. Fady)

A voir aussi une expo didactique superbe sur le(s) chantier(s)...

Les travaux d'aménagement sont bien avancés... On apprend que :
Au cœur de cet immense parking, plusieurs bâtiments sortent de terre. Ce sont les futurs bureaux du personnel administratif de Véolia transport, les vestiaires, les bâtiments d'entretien des navettes et le chenil pour les animaux de compagnie.
45 personnes, chauffeurs des navettes et meneurs de maringotes travailleront dans ces locaux sans oublier les 15 gardiens du parking.

Très bien, mais où sont situées les écuries des 40 chevaux et la remise des 6 maringotes ?

Les hôtesses de l'expo ne savent pas nous répondre...
Nous devrons aller jusqu'à l'hippodrome du Mont-Saint-Michel (au delà du village de La Grève au lieu-dit l'Anse de Moidrey en face du Moulin du même nom, pour trouver une réponse...

En trainant entre les boxes (entre gens de chevaux), nous apprenons qu'il n'y aura pas d'écurie en dur pour les chevaux...

ceux-ci ne seront même pas logés sur place, mais à 4,4km de la place des navettes, à la ferme de Dailly, dans le polder, à l'ouest du village de La Grève, ferme que Norbert Coulon aurait acquise.


La ferme de Dailly (photo D. Fady)

Si cette ferme pourra accueillir les 40 chevaux nécessaires à la traction des maringotes, ceux-ci devront, pour prendre leur service à la Caserne en face du barrage sur le Couesnon, circuler en camions !

En effet, on imagine mal, qu'en plus de leur 12 km de course, les chevaux fassent les 8,8 km d'approche (aller-retour)...


4,4 km pour aller de la ferme de Dailly à la place des navettes (image Google)

NB : si j'ai bien tout compris, il faut environ 20 mn aux maringotes pour rallier le Mont depuis la place des navettes (2km), soit un aller-retour de 4 km par heure, compte-tenu des pauses et donc 3 aller-retours pendant les 3 heures de travail d'une paire. On est donc à 12 km de traction intensive, ce qui me semble déjà pas mal...

Mais alors, les chevaux feront 12 km à pied pour prés de 9 km en camion...
On marche sur la tête...

Et puis, sur le lieu de départ des Maringotes, point d'écurie en dur non plus, un camion à chevaux, spécialement aménagé en sellerie servira, nous dit-on, de lieu d'harnachement-désharnachement des attelages...
A croire qu'il fait toujours beau dans ce pays et que les chevaux n'auront jamais besoin d'un abri (du vent ou de la pluie) pour sécher après leur course...

On peut donc raisonnablement se poser des questions sur l'intérêt et la pérennité d'une telle installation...

Les responsables du projet qui communiquent pourtant facilement sur le sujet, ne semblent pas beaucoup croire aux maringotes pour en laisser la seule responsabilité à Norbert Coulon...

Voilà une opération de communication (Rappelez-vous : Le Mont-Saint-Michel sera ainsi le premier site touristique en France desservi en hippomobile, selon François-Xavier de Beaulaincourt, directeur du syndicat mixte) qui n'aura pas coûté grand chose en investissement...

Véolia n'aura pris aucun risque et réalisé aucun investissement pour prévoir l'hébergement des animaux, des meneurs, et même des harnais dans des conditions d'exploitation acceptables...

Les politiques et le Syndicat Mixte de la Baie du Mont-Saint-Michel, maitre d’œuvre de l'opération, portent également la responsabilité de cette ineptie...
Mettez des chevaux ça fait "vert", c'est porteur et puis ça nous coûte rien même pas le risque que ça se plante... Pensent-ils surement... Je cite :
Le Président du Conseil Régional se réjouit de ce que « le cheval, identité de la Normandie, transporte le public vers ce monument emblématique » et y voit « une motivation supplémentaire pour préserver les races de trait dans leur berceau ». On pourrait aussi y ajouter que chaque trajet effectué en hippomobile épargnera sa petite part d'émissions de CO2 et de pollution, dont le mont n'a vraiment pas besoin
Comme disait Coluche, ils nous prennent vraiment pour des C...

- Déjà que les maringotes seront payantes (6,5€, l'aller-retour) alors que les navettes automobiles seront elles, gratuites... (à croire que les passagers des maringotes n'auront pas laissé leur voiture au parking payant pour financer leur voyage comme les autres).

- Que le poids des Maringotes, initialement donné à 1,5 tonne est passé à 2 tonnes à vide...
Que comme le poids moyen en charge annoncé est de 3 tonnes il reste donc 1 tonne de capacité de charge (soit 1000/75 = 13) soit 13 personnes transportées, (75 kg étant le poids moyen utilisé pour les calcul des ascenseurs), si on abaisse à 50 kg, ça ne fait toujours que 20 personnes, bien loin des 50 personnes annoncées...

NB : en usage régulier, tous les auteurs qualifiés s'accordent sur le fait qu'un véhicule hippomobile à pneus (omnibus) de 3 tonnes semble correctement dimensionné pour une paire de chevaux, si on veut passer à 4,5 T, il faut prévoir un cheval de plus et à 5,5 T, on doit passer à 4 chevaux ou placer le véhicule sur des rails (tramway).


Les maringotes se cachent derrière les navettes automobiles ?

- Que les Maringotes sont des véhicules à impériale de 7 m de long et 2,5 m de large et d'au moins 3,50 mètres de haut (il faut bien loger les 50 places sur les 2 étages), je vous laisse imaginer la prise au vent... j'aimerai bien avoir la paire de chevaux qui tirera ça les jours où ça souffle, pendant 3 heures, mais c'est vrai qu'il n'y a jamais de vent sur un pont en baie du Mont Saint Michel...

Courage Norbert ! Tu vas en avoir besoin pour que le projet des maringotes ne se perde pas dans les sables mouvants de la Baie...

Mais peutêtre qu'on sortira les Maringotes seulement les jours d'inauguration et de discours politiques...

NB : Pour info, une présentation du projet du Syndicat Mixte du Mont...

dimanche 20 mars 2011

Pourquoi le projet Hippomobile du Mont Saint Michel se doit de réussir !

Si nous sommes critique aujourd'hui vis à vis du projet de navettes hippomobiles au Mont Saint Michel, c'est pour des raisons philosophiques et techniques...

Mais d'abord, levons tout de suite une ambiguïté. Le projet de navettes hippomobiles du Mont Saint Michel doit réussir !
C'est un projet d'envergure (40 chevaux impliqués), d'audience mondiale (Le Mont Saint Michel est un des sites les plus visités au monde), et l'ensemble de la filière nationale et internationale du cheval de trait (du cheval de travail) bénéficiera des retombées médiatiques si ce projet est une réussite.

C'est aussi pourquoi, nous avons tous la responsabilité de faire en sorte que ce projet aboutisse positivement et donc aussi celui d'être critique sur les choix qui peuvent nous apparaître discutables.

Les choix philosophiques... Avoir choisi (*) une entreprise privée peut-être plus intéressée par un coup de peinture verte sur ses activités (l'avenir nous le dira) que de promouvoir l'énergie animale, est un choix discutable.
Il aurait sans doute été possible de garder la maîtrise du projet dans une structure collective (GIE, Association...) qui aurait regroupé les utilisateurs de chevaux du secteur, les syndicats de race, les haras nationaux (IFCE), les élus locaux et d'autres partenaires d'audience nationale...
Il aurait sans doute aussi été possible de faire un projet purement hippomobile et pédestre, plutôt que mixte avec les navettes automobiles (les passeurs) et hippomobiles (les maringotes), mais celà demandait une prise de risque plus grande sans doute...
Bref, ces choix sont faits, il est trop tard pour les remettre en cause...
On peut espérer qu'une entreprise comme celle qui a été choisie, se donnera les moyens de faire aboutir la partie hippomobile de ce projet au moins pour sauver son image...

(*) L'entreprise Véolia a été retenu via une Délégation de Service Public pour la construction et l'exploitation des parcs de stationnement et des navettes de transports en octobre 2009.

Les choix techniques... Avant de discuter les choix techniques (dont nous reparlerons dans un futur billet), il est peut-être bon de vous faire une synthèse des informations techniques que nous avons réussi à glaner... (ce genre de projet hésite toujours entre une stricte confidentialité technique et l'envie de diffuser aux médias quelques données concrètes pour faire de la mousse...)


NB : certaines données varient suivant les sources, nous les avons données telles que connues...

Les données connues...

Les Maringotes : Les navettes hippomobiles, sont appelées "Maringotes".
Pour la petite histoire le Littré définit le terme comme : Une petite voiture hippomobile, ordinairement suspendue, garnie de barreaux sur les côtés, et à deux fins, les bancs étant mobiles).

Certains prétendent que les voitures à cheval (souvent appelé "voitures de Genêts) qui à marée basse traversaient la baie, de la pointe des Genêts au Mont Saint Michel, étaient appelées "Maringottes" (avec 1 ou 2 "t"), je n'ai pas trouvé de confirmation de cette information.

Les Maringotes "modernes" ont été conçues par Véolia (qui, dit-on, a déposé un brevet sur leur système directionnel à 2 phases, qui permet un retournement à court rayon de braquage en bout de course).
Ce sont des voitures à pneus, de design moderne, à impériale, de 7 m de long et 2,5 m de large, pour 1,5 tonne de poids à vide (PV) (dans un document, ils parlent de 2 tonnes de PV) et 50 places.
Elles seront fabriquées en région, dans la Manche. Il est prévu de mettre en service 6 Maringotes au maximum (mais on a parlé de 6 à 8 au début).

Elles devraient permettre selon les prévisions de capter 10 à 15% du trafic passagers (3 millions/an de visiteurs au Mont) soit 350.000 personnes par an. Comme les maringotes en PTC (Poids Total en Charge) sont estimées à 5,5 tonnes (j'ai trouvé des indications de 5 à 6 tonnes), j'en conclu que la charge maxi sera de 4 tonnes. Ce qui correspond à 50 personnes de 80 kg de moyenne ce qui semble une moyenne plutôt importante (famille avec enfants) sauf à charger plusieurs équipes de rugbymen. Si la charge maxi est à 5,5 tonnes, la charge moyenne, elle, est estimée à 3 tonnes.

Le parcours : C'est un parcours routier sur un pont dont le tablier doit rester peu épais (le plus "transparent" possible pour ne pas gêner l'esthétique du site, nous a-t-on dit), ce qui expliquerait que l'on ne peut pas y placer des rails pour utiliser un tramway plutôt qu'un omnibus.
Si le Mont est à 2,4 km du parking, seulement 2 km seront couverts par les navettes, il restera 400 m à faire à pied...

Il est prévu de faire une pente descendante à 2cm/m (2%) au 2 bouts pour faciliter le démarrage des maringotes après le chargement (mais donc il y aura aussi une pente montante de 2% en fin de chaque aller et de chaque retour).
Le parcours doit se faire au pas sur 500 m, puis au petit trot sur un kilomètre, puis au pas sur 500 m. J'ai trouvé des vitesses prévues de 5 km/h, 7 km/h ou 8 km/h (sans précisions).
L'aller simple doit prendre une vingtaine de minutes (on parle aussi de 30 minutes).
Il n'est pas prévu de pose sauf le temps d'arrêt pour le déchargement-chargement des passagers.
Un aller-retour se fait donc en environ une heure, soit 3 aller-retours en 3 heures (temps d'utilisation voulu pour une paire de chevaux dans une journée, et ce, 5 jours pas semaine.
Départ prévu pour les maringotes toutes les 15 mn en basse saison et toutes les 5 mn en très haute saison (il faudra alors plus de 6 maringotes dans ce cas là).
Le vent maxi qui a été pris en compte est de 50 km/h (les maringotes seront-elles immobilisées si le vent est plus fort ?).

Les chevaux :
Il faudra 40 chevaux (on parle aussi de 38), des Percherons (850 kg), Cobs-Normands (650-750 kg) et des Postiers-Bretons.
Norbert Coulon sera propriétaire des chevaux qui seront loués à Véolia, il assurera leur dressage et leur entraînement. L’écurie sera installée à Beauvoir, près du Mont-Saint-Michel.
Au printemps 2011, trois syndicats de races (percherons, bretons et cobs normands) présenteront les chevaux sélectionnés par leurs éleveurs. Les chevaux recherchés sont, de préférence, des mâles et des hongres adultes (au moins 5 ans).
La formation des meneurs des Maringotes commencera à l’automne 2010 afin qu’ils soient prêts en novembre 2011. Cette formation est assurée par le lycée agricole de Saint-Hilaire du Harcouët dans la Manche.
Norbert Coulon mettra à disposition des meneurs expérimentés pour les former sur les particularités des Maringotes.

Les tests et l'entraînement :
En attendant un protocole d'essais a été mis en place en collaboration avec le Docteur Mathilde Audic de Coutances (Manche), vétérinaire spécialisée en contrôle de chevaux d’endurance en compétition.
Ces phases de test ont pour objectif de définir les conditions optimales de travail des chevaux : rythmes journaliers et hebdomadaires, soins et contrôles vétérinaires, ferrures et harnais...
Une première phase de tests d'effort a permis de déterminer la limite de poids que les chevaux pouvaient tracter sans risque.

"À chaque type d'effort, nous avons mesuré les températures corporelles, les rythmes cardiaques, respiratoires et procédé à des prises de sang afin de vérifier les taux de lactate, significatifs du degré de fatigue musculaire, explique le Dr Audic. Au vu des analyses, nous estimons que des chevaux de traits entraînés peuvent sans difficulté tracter une charge de 10 tonnes. Nous savons que pour un travail d'endurance, il faut être aux alentours de 60 % de la charge maximale. Soit 6 tonnes pour les chevaux de traits qui vont être utilisés sur le site du Mont-Saint-Michel. La Maringote sera, en charge maximale, de 5,5 tonnes, et seulement de 3 tonnes en charge normale."

"Depuis cet automne, trois paires de cobs, percherons et bretons sont testés en situation réelle. Les chevaux semblent à l'aise dans ce nouveau travail, précise le Dr Audic. Avant le début de cette longue période de travail, une série d'examens a été réalisée : échographies des tendons, radiographies des membres, contrôle des lactates... Au bout des six semaines, les mêmes examens permettront de comparer les éventuelles évolutions."


A suivre sur le blog : une lecture critique des choix techniques retenus...