Hippotese, Le cheval de Travail

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dimanche 22 mars 2026

Mesure de puissance, au DataWatt, en maraîchage (oct 2025, Hermance, Suisse)

Lors de l'AG d'Hippotese en oct 2025, au potager de Gaïa, à Hermance (Suisse), nous avons fait plusieurs mesures de force et de puissance avec le DataPalo (mesures d'effort) et le DataWatt (mesures de distance, vitesse et calcul de puissance). Ces 2 appareils font partie du Projet Datafficheur.

Voici une petite présentation des données récoltées en binage de poireaux, Nous avons fait plusieurs aller-retours dans cette planche, mais nous nous intéresserons qu'aux mesures d'un seul aller simple pour expliquer l'analyse des résultats.

Les Matériels de mesure utilisés :

Pour ceux qui découvriraient notre travail de recherche sur les efforts, je vous présente les matériels utilisés pour les mesures.

Le DataPalo (en jaune ci-dessus) est un "palonnier porté", équipé d'un capteur de force (capacité 500 kg à 1 T) et de l'électronique d'acquisition et d'enregistrement sur carte SD des efforts mesurés (10 x par seconde). Il émet par radio, chaque seconde la moyenne de ces 10 données.

Le DataWatt est constitué d'un bras télescopique, muni d'une roue codeuse d'acquisition de le distance parcourue. Par intégration du temps (à partir d'une horloge électronique), il calcule la vitesse de déplacement. Il récupère aussi par radio les données d'effort envoyées par le DataPalo et calcule par simple multiplication Force x Vitesse, la puissance instantanée développée par l'équidé équipé. Il affiche aussi en temps réel l'ensemble des données sur le boîtier récepteur pour contrôle et les enregistre sur carte SD pour traitement ultérieur.

Le matériel de culture utilisé :

Au Potager de Gaïa, on utilise depuis longtemps du matériel Prommata, qu'Hugo a adapté à ses besoins, modifié, voir transformé ou carrément reconstruit avec l'aide de Roger Fillon (aujourd'hui à la retraite).

Ici, par habitude, on appelle toujours le châssis mono-roue : la Kassine. Le châssis multi-roues s'appelle désormais la Gaillette

Le châssis mono-roue utilisé pour ce binage/sarclage, est, comme je l'ai précisé, inspiré de la Kassine historique et permet le montage des outils d'origine par "crochaxe". C'est une adaptation de R. Fillon qui possède 2 particularités intéressantes, à savoir un réglage fin de terrage (par tendeur à lanterne) et un mancheron ergonomique à réglage rapide de hauteur, par poignée de blocage-déblocage d'un doigt sur un secteur semi-circulaire à trous (système inspiré des charrues Plumetaz, prononcez "plumette", d'origine suisse).

Ce châssis était équipé du tri-socs de sarclage à socs "queue d'hirondelle" de Prommata, c'est un outil d'écroûtage et de sarclage entre les ligne, avec une pénétration habituelle de 4 à 6 cm (dixit, leur catalogue).

Le cheval utilisé et son harnais :

Le cheval utilisé ici s'appelle Vir-Tourne, c'est une jument de race comtoise née en 2009 (16 ans), d'environ 640 kg. Ses mensurations sont de 160 cm au garrot (H) avec un périmètre thoracique de 219 cm (C), ce qui, d'après la formule 30 x C2 / H, lui donne une capacité d'effort théorique de 89,9 kgf. Cette capacité d'effort (que l'on appelle à Hippotese "effort standard") est importante par rapport à son poids.
En effet, on considère habituellement, à la louche, qu'elle correspond à 10 % du poids de l'animal (animal entraîné et bien nourri). On peut donc considérer que Vir-Tourne est une athlète de bon niveaux.

NB : Ceux qui sont intéressés par cette notion d'effort standard pourront aller regarder la web-conférence (__Mesure d'efforts Ton cheval, il peut tirer combien ?__) que j'ai faite à ce sujet pour l'IFCE ici (vidéo et PDF) et ici (compléments vidéos et diapos).

Le harnais utilisé ici est un harnais pour "palonnier porté" (appelé "bas-cul" en Franche-Comté), qui était utilisé en batellerie chez les chevaux de halage des péniches, dans les mines, les gares et les carrières (il s'appelait alors harnais "écrevisse").
Ce type de harnais s'est généralisé à Hippotese car il évite au cheval de s'empâturer dans les traits d'un "palonnier traîné".
Pierre Gallet l'a amélioré avec l'installation de poulies sur le tendeur qui permettent d'avoir une plus grande amplitude d'alignement quand les traits se tendent sans appui excessif sur les reins.

La vidéo du travail réalisé :

L'analyse des résultats :


Courbe de toutes les valeurs d'effort.

Voici la courbe de toutes les valeurs d'effort (et non des moyennes).
On peut remarquer que pendant les 30 premières secondes, l'effort est important (124 kgf de moyenne), puis Noémie diminue le terrage et l'effort redescend d'un bon tiers (moyenne 81 kgf). Elle vérifie cependant que le travail effectué correspond au travail attendu, sinon cela n'aurait pas de sens.


Courbe des valeurs d'effort (kgf), de vitesse x100 (m/s), de distance (m) et de puissance calculée (watt).

Voici la courbe des valeurs d'effort (moyenne de chaque seconde, reçues par radio), des valeurs de vitesse (x100) en m/s, des valeurs de distance (en m) et des valeurs de puissance calculée (watt).
Évidemment la courbe des efforts est assez semblable à la précédente, là aussi, on voit l’arrêt du cheval et la correction du terrage qui entraîne une diminution des efforts.

La vitesse moyenne (en vert) varie peu sur les 2 périodes (0,8 m/s à 0,7 m/s). C'est une vitesse que l'on retrouve habituellement en travail du sol (maraîchage, labour) qui correspond à 2,7 km/h
Et logiquement, la puissance moyenne passe de 1001 w à 765 w. Pour rappel, le cheval vapeur, tel que définie par James Watt, est en France est de 735 w et correspond à la puissance développée en moyenne par un cheval dans une activité soutenue.
De notre point de vue, avec les pauses nécessaires, un cheval de 650 à 700 kg, entraîné et bien nourri, peut développer cette puissance pendant sa journée de travail de 6 heures et 5 jours par semaine.

L'angle de traction :

On entend dire que l'angle de traction (angle que font les traits par rapport au sol) est, en théorie, de 15°. Cet angle résulte de l'angle que fait le collier en appui sur l'épaule du cheval (les traits doivent se placer, en traction, perpendiculairement au collier).
On peut corriger éventuellement cet angle en modifiant la longueur de la chaîne d'accroche à l'outil, sachant que suivant les outils la hauteur de ce point d'accroche peut varier.
L'objectif est que le collier soit en appui sur toute la longueur de l'épaule et stable pendant le déplacement du cheval. Si l'angle du collier ne suit pas l'épaule, cela entraîne un étranglement ou une blessure de garrot, si le collier a un mouvement de bascule continu, cela blesse par friction, comme une ampoule ou entraîne des gonfles d'encolure (blessure fréquente en cas de collier trop grand ou mal serré).
C'est pourquoi, un collier trop petit est préférable à un collier trop grand.


L'angle de traction est ici de 15,9°

Ici, l'angle de traction est correct mais le collier semble un peu basculé vers l'avant. Peutêtre qu'en desserrant la courroie du haut des attelles... Ou peut-être que Vir-Tourne a des épaules très verticales. A vérifier...

dimanche 19 janvier 2014

Harnais chevilatte + option "Bas-Cul" ou palonnier "porté"

Nous avons ajouté une option "bas-cul" à notre harnais "chevilatte"...

Une petite vidéo "live" des essais...

Transport des balles (manuelles) de foin depuis une grange d'alpage jusqu'à la grange de la ferme de Montdenis pendant l'hiver 2013-2014 (janvier).


Harnais chevilatte + option "Bas-Cul" ou... par hippotese

Ruby le cheval comtois tire un traîneau à foin (type du Dévoluy), il est harnaché avec un harnais "chevilatte" et un palonnier porté (bas-cul) qui est une nouvelle option (2013) du harnais chevilatte.

A noter que le harnais chevilatte est issu de la recherche de l'association Hippotese, voir ici la catégorie spécifique avec tous les billets...

Cette option "bas-cul" est constituée de 2 longes réglables sur le dos, de 2 mini-traits, de 2 sangles élastiques et d'un palonnier à amortisseur compact (type Hippotese) légèrement modifié.

À noter que ce palonnier porté peut être utilisé avec des traits longs de manière classique.

Ce palonnier a aussi été étudié pour être facilement autoconstructible, sans forge et utilise des éléments (ressort, écrou à œil, crochet) du commerce.

Vous pouvez constater que l'option "bas-cul" est facilement démontable (une dizaine de secondes) du harnais chevilatte, ce qui permet de se rendre sur un chantier avec un véhicule hippomobile attelé, puis de travailler au palonnier bas-cul (sans changer de harnais), puis de rentrer en attelage.


Harnais chevilatte + option "Bas-Cul" ou... par hippotese

Et quelques photos de détail...


Harnais "chevilatte" avec option "bas-cul"


Harnais "chevilatte" avec option "bas-cul"


Harnais "chevilatte" avec option "bas-cul"


Harnais "chevilatte" avec option "bas-cul"

lundi 24 décembre 2012

Petite démonstration pédagogique de travail en vigne lors de l'AG Hippotese du 2 décembre 2012

Lors de la dernière AG d'Hippotese (2012), Gilbert Simond, notre hôte, par ailleurs prestataire en vigne, nous avait proposé de nous présenter les types de travaux en vigne qu'il réalise habituellement.
Nous avions accepté avec joie, toujours avide de connaître des façons culturales ou des outils spécifiques à une région.
Voici le petit commentaire que Gilbert a bien voulu nous écrire, pour illustrer les photos de cet après-midi du samedi 1er décembre 2012 :

La première charrue avec age (sans accent circonflexe, voir explication en fin de texte) en bois est une charrue vigneronne dite "butoir simple" fabriquée (jadis) par un excellent constructeur: Louis Brochot à Pommard, 21 (Côte d'Or).

Ce constructeur avait compris que pour avoir une bonne stabilité, une bonne maniabilité, et un angle de pénétration idéal et facile à trouver (le terrage) il faut que l'age (mot du Francique hagja) ou flèche, ait une longueur suffisante c-a-d assez long, mais raisonnablement pour ne pas être trop loin de son cheval et ne pas être gêné dans les contours (nom local du bout de rang) pour effectuer les demi-tours.

Toutes les charrues de Mr Brochot ont cette caractéristique et elles sont d'un vrai plaisir à manier, évidemment, celà s'entend dans les conditions de sol de l'époque, c-a-d dans des sols pas du tout compactés.

C'est pourquoi on remarquera une modification de l'accroche que j'ai fait, la chaîne reliée au point d'ancrage sur l'age passait sous l'age et le secteur (direction du bout de l'age) était également dessous ce niveau. Aujourd'hui, dans des vignes qui sont roulées au tracteur, si légers soient-ils (sic), la pénétration des charrues à cheval est rendue difficile, quelquefois impossible ! Il faut voir, si besoin est de s'en persuader, l'énergie déployée par les vérins hydrauliques des tracteurs, pour faire rentrer leurs charrues !

Avec cette charrue, on verse une "lèche" de terre sur le pied, de chaque côté, on réalise ainsi la première opération du buttage. Puisqu'on fait les 2 côtés, on passe donc 2 fois par rang.

Ce "cavaillon" réalisé sur la ligne des ceps est la clé de voûte du labour en vigne, car la difficulté n'est pas de labourer et garder propre le milieu du rang, mais de garder propre (s'entend lutter contre les adventices) la ligne des ceps, l'espace entre les ceps.

En recouvrant cet espace de terre, on étouffe l'herbe qui s'est installée en fin de saison, (août-septembre), quand on ne laboure plus. On empêche aussi que d'autres graines ne germent et ne s'installent en tout début de saison (février/mars).

En avril commence le décavaillonnage, action de retourner ce cavaillon réalisé en automne/hiver vers le milieu du rang.

Ainsi le travail de labour et de lutte contre les adventices sur la ligne des ceps est complet.

L'herbe qui aura commencé à s'installer sur le cavaillon sera à nouveau détruite, et cette action va creuser entre et autour des ceps la terre sur quelques cm et l'herbe qui va commencer de germer dans ce creux va être à nouveau étouffée lors de la mise à plat (c-a-d lorsque la butte au milieu du rang, formée par le décavaillonnage, va être remise à plat, par une charrue à griffe ou/et à cœurs).

Une bande de terre étroite non labourée, subsiste néanmoins, sur l'exact milieu du rang. C'est l'objet de la deuxième opération : Le buttage.

La deuxième opération de buttage s’effectue avec un buttoir double, c-a-d une charrue qui verse des deux côtés comme on peut voir sur la photo.

On va éclater la bande de terre laissée au milieu en ouvrant un sillon central. Ce faisant, toute la surface du rang va être labourée ou recouverte de terre retournée.

Personnellement, je réalise cette deuxième opération sur les vignes qui on tendance à avoir facilement beaucoup d'herbe, ce qui permet au printemps de démarrer la saison avec une parcelle "propre" plus longtemps, me donnant ainsi le temps de gérer au mieux les urgences et le décavaillonnage qui est toujours chronophage.

Le double buttoir utilisé ici est un buttoir Morgnieux, constructeur à Villefranche s/ Saône, 69 (Rhône). Je n'ai pas trouvé de buttoir Brochot, mais celui-ci va bien. Il est équipé d'une accroche pour treuil, ce n'est pas non plus ce qu'il y a de plus pratique pour les demi tours, mais je fais avec.

J'ai rajouté un coutre qui permet de guider plus facilement la charrue dans cette étroite bande de terre, ainsi que deux roues à l'avant, qui se calent dans les deux sillons laissés par la charrue vigneronne (il était originellement équipé d'une seule roue).

A noter que cette démonstration à été effectuée dans une vigne sur sables aimablement prêtée par son propriétaire en raison des conditions météo des jours précédant la démo (fortes pluies) et pas labourée au cheval habituellement, avec de grosses touffes de ray-grass qui rendaient le travail difficile.


Définition de Age :
Age est en réalité la forme dialectale du Centre de la France (qui signifie "Perche de charrue"), Cette forme dial. est une altération de l'ancien français "haie" (pièce la plus longue de la charrue et qui reçoit l'attelage), sens second du français haie "clôture faite d'arbres", emprunté. à l'ancien bas francique : hagja "haie, clôture".
Nota : du néerlandais haag, qui s'apparente à l'allemand Hage "bocage", du suisse Häge "enclos, haie", à l'anglais haw "aubépine". Le francique a aussi donné le franco-provençal adje, adze "haie vive" et le nord-occitan ajo "haie", d'où est tiré ajonc.
Le glissement sémantique. de "clôture" à "timon de charrue" s'explique peutêtre par la forme allongée de cette pièce pouvant évoquer une barrière ou l'endroit d'où était tirée la perche servant d'age.
Traductions : allemand : Pflugbaum, anglais : beam, draft-pole.


Je vous met aussi quelques photos du harnais bas-cul qu’utilise Gilbert, je rajouterai les commentaires éventuels plus tard...

Ainsi que quelques photos de la sarcleuse (à treuil) fabriquée dans la Drôme, qu'avait amené Thierry Bret que nous avons essayé aussi... Je rajouterai des commentaires plus tard aussi...