Mesure de puissance, au DataWatt, en maraîchage (oct 2025, Hermance, Suisse)
Par Deny Fady le dimanche 22 mars 2026, 20:33 - Datafficheur - Lien permanent
Lors de l'AG d'Hippotese en oct 2025, au potager de Gaïa, à Hermance (Suisse), nous avons fait plusieurs mesures de force et de puissance avec le DataPalo (mesures d'effort) et le DataWatt (mesures de distance, vitesse et calcul de puissance). Ces 2 appareils font partie du Projet Datafficheur.
Voici une petite présentation des données récoltées en binage de poireaux, Nous avons fait plusieurs aller-retours dans cette planche, mais nous nous intéresserons qu'aux mesures d'un seul aller simple pour expliquer l'analyse des résultats.
Les Matériels de mesure utilisés :
Pour ceux qui découvriraient notre travail de recherche sur les efforts, je vous présente les matériels utilisés pour les mesures.
Le DataPalo (en jaune ci-dessus) est un "palonnier porté", équipé d'un capteur de force (capacité 500 kg à 1 T) et de l'électronique d'acquisition et d'enregistrement sur carte SD des efforts mesurés (10 x par seconde). Il émet par radio, chaque seconde la moyenne de ces 10 données.
Le DataWatt est constitué d'un bras télescopique, muni d'une roue codeuse d'acquisition de le distance parcourue. Par intégration du temps (à partir d'une horloge électronique), il calcule la vitesse de déplacement. Il récupère aussi par radio les données d'effort envoyées par le DataPalo et calcule par simple multiplication Force x Vitesse, la puissance instantanée développée par l'équidé équipé. Il affiche aussi en temps réel l'ensemble des données sur le boîtier récepteur pour contrôle et les enregistre sur carte SD pour traitement ultérieur.
Le matériel de culture utilisé :
Au Potager de Gaïa, on utilise depuis longtemps du matériel Prommata, qu'Hugo a adapté à ses besoins, modifié, voir transformé ou carrément reconstruit avec l'aide de Roger Fillon (aujourd'hui à la retraite).
Ici, par habitude, on appelle toujours le châssis mono-roue : la Kassine. Le châssis multi-roues s'appelle désormais la Gaillette
Le châssis mono-roue utilisé pour ce binage/sarclage, est, comme je l'ai précisé, inspiré de la Kassine historique et permet le montage des outils d'origine par "crochaxe". C'est une adaptation de R. Fillon qui possède 2 particularités intéressantes, à savoir un réglage fin de terrage (par tendeur à lanterne) et un mancheron ergonomique à réglage rapide de hauteur, par poignée de blocage-déblocage d'un doigt sur un secteur semi-circulaire à trous (système inspiré des charrues Plumetaz, prononcez "plumette", d'origine suisse).
Ce châssis était équipé du tri-socs de sarclage à socs "queue d'hirondelle" de Prommata, c'est un outil d'écroûtage et de sarclage entre les ligne, avec une pénétration habituelle de 4 à 6 cm (dixit, leur catalogue).
Le cheval utilisé et son harnais :
Le cheval utilisé ici s'appelle Vir-Tourne, c'est une jument de race comtoise née en 2009 (16 ans), d'environ 640 kg. Ses mensurations sont de 160 cm au garrot (H) avec un périmètre thoracique de 219 cm (C), ce qui, d'après la formule 30 x C2 / H, lui donne une capacité d'effort théorique de 89,9 kgf. Cette capacité d'effort (que l'on appelle à Hippotese "effort standard") est importante par rapport à son poids.
En effet, on considère habituellement, à la louche, qu'elle correspond à 10 % du poids de l'animal (animal entraîné et bien nourri). On peut donc considérer que Vir-Tourne est une athlète de bon niveaux.
NB : Ceux qui sont intéressés par cette notion d'effort standard pourront aller regarder la web-conférence (__Mesure d'efforts Ton cheval, il peut tirer combien ?__) que j'ai faite à ce sujet pour l'IFCE ici (vidéo et PDF) et ici (compléments vidéos et diapos).
Le harnais utilisé ici est un harnais pour "palonnier porté" (appelé "bas-cul" en Franche-Comté), qui était utilisé en batellerie chez les chevaux de halage des péniches, dans les mines, les gares et les carrières (il s'appelait alors harnais "écrevisse").
Ce type de harnais s'est généralisé à Hippotese car il évite au cheval de s'empâturer dans les traits d'un "palonnier traîné".
Pierre Gallet l'a amélioré avec l'installation de poulies sur le tendeur qui permettent d'avoir une plus grande amplitude d'alignement quand les traits se tendent sans appui excessif sur les reins.
La vidéo du travail réalisé :
L'analyse des résultats :

Courbe de toutes les valeurs d'effort.
Voici la courbe de toutes les valeurs d'effort (et non des moyennes).
On peut remarquer que pendant les 30 premières secondes, l'effort est important (124 kgf de moyenne), puis Noémie diminue le terrage et l'effort redescend d'un bon tiers (moyenne 81 kgf). Elle vérifie cependant que le travail effectué correspond au travail attendu, sinon cela n'aurait pas de sens.

Courbe des valeurs d'effort (kgf), de vitesse x100 (m/s), de distance (m) et de puissance calculée (watt).
Voici la courbe des valeurs d'effort (moyenne de chaque seconde, reçues par radio), des valeurs de vitesse (x100) en m/s, des valeurs de distance (en m) et des valeurs de puissance calculée (watt).
Évidemment la courbe des efforts est assez semblable à la précédente, là aussi, on voit l’arrêt du cheval et la correction du terrage qui entraîne une diminution des efforts.
La vitesse moyenne (en vert) varie peu sur les 2 périodes (0,8 m/s à 0,7 m/s). C'est une vitesse que l'on retrouve habituellement en travail du sol (maraîchage, labour) qui correspond à 2,7 km/h
Et logiquement, la puissance moyenne passe de 1001 w à 765 w. Pour rappel, le cheval vapeur, tel que définie par James Watt, est en France est de 735 w et correspond à la puissance développée en moyenne par un cheval dans une activité soutenue.
De notre point de vue, avec les pauses nécessaires, un cheval de 650 à 700 kg, entraîné et bien nourri, peut développer cette puissance pendant sa journée de travail de 6 heures et 5 jours par semaine.
L'angle de traction :
On entend dire que l'angle de traction (angle que font les traits par rapport au sol) est, en théorie, de 15°. Cet angle résulte de l'angle que fait le collier en appui sur l'épaule du cheval (les traits doivent se placer, en traction, perpendiculairement au collier).
On peut corriger éventuellement cet angle en modifiant la longueur de la chaîne d'accroche à l'outil, sachant que suivant les outils la hauteur de ce point d'accroche peut varier.
L'objectif est que le collier soit en appui sur toute la longueur de l'épaule et stable pendant le déplacement du cheval. Si l'angle du collier ne suit pas l'épaule, cela entraîne un étranglement ou une blessure de garrot, si le collier a un mouvement de bascule continu, cela blesse par friction, comme une ampoule ou entraîne des gonfles d'encolure (blessure fréquente en cas de collier trop grand ou mal serré).
C'est pourquoi, un collier trop petit est préférable à un collier trop grand.

L'angle de traction est ici de 15,9°
Ici, l'angle de traction est correct mais le collier semble un peu basculé vers l'avant. Peutêtre qu'en desserrant la courroie du haut des attelles... Ou peut-être que Vir-Tourne a des épaules très verticales. A vérifier...




Commentaires
Salut Denis, merci pour ce rendu. Sur la photo vue de profil de Virtourne, celle ou tu as tracé l'angle de traction, on voit nettement que la ligne des traits n'est pas alignée avec la chaine d'attache à l'outil. Ce n'est pas normal, non ? On voit la barre de fesse enfoncée dans la croupe ce qui laisse à penser qu'elle est trop courte et que c'est elle qui casse la ligne de traction. Avec un réglage adéquate la ligne de trait devrait remonter, ce qui indiquerait que le calcul d'angle est faux, non ?
Bonjour Aurel,
Je me suis fait la même réflexion que toi.
Effectivement la ligne de traction est un peu brisée, je soupçonne que c'est dû au poids du DataPalo qui est un peu plus lourd qu'un simple palonnier (le boîtier électronique, la batterie et le capteur de force en plus).
La barre de fesse ne peut être en cause car elle est prolongée par le sandow à poulies du DataPalo qui règle automatiquement sa longueur.
Pour tracer la ligne de traction, je me suis posé la question de prendre la ligne des traits ou la ligne de la chaîne de l'outils.
Je pense que c'est la position (angle) du collier qui est la plus importante pour le confort du cheval et donc que c'est l'angle des traits par rapport à celui-ci qui est à surveiller. Voilà pourquoi j'ai choisi de prendre cette référence.
En fait, il faudrait refaire cette mesure avec le palonnier habituel du cheval (plus léger) pour confirmer cette impression...
Yep, salut Denis ! Je suis OK sur le raisonnement de prendre l'angle avec le collier, ça parait pertinent par rapport au confort.
Par contre je suis assez septique par rapport à la barre de fesse qui semble quand même bien enfoncée dans la fesse malgré les poulies du datapalo.
Et quoi d'autre pourrait ainsi casser la ligne de trait ? A mon sens c'est le seul élément du harnais qui peut interférer sur la ligne, non ?
Le système poulie/sandow du datapalo peut-il arriver en butée ? ou être mal réglé ?
Salut !
Ca fait quelques mois que je me creuse la tête à bien comprendre l'influence de cet angle dans la conception d'outils. Il est primordial pour le confort de l'animal, la qualité de travail et éviter au maximum les pertes dues à la projection des efforts lors des renvois d'angle lorsque la géométrie n'est pas bonne.
Le cas est très intéressant ici ! Je pense aussi Deny que l'angle des traits est très important pour éviter le basculement du collier, avoir un bon appui et une bonne transmission de force mais je ne crois pas qu'il doit y avoir une hiérarchisation de l'importance d'un bon réglage entre l'angle des traits et la droite d'effort passant dans la machine.
Ici il y a une incohérence entre la ligne de traction effective, l'angle des traits et la chaîne d'attache de l'outil ce qui induit obligatoirement une perte de charge et un déséquilibre.
Il y a eu une modification de l'angle de talonnage lors de l'essai. Il aurait été intéressant de comparer l'influence de ce réglage sur la ligne de trait.
Ici, si on prolonge la ligne de chaîne, on ne tombe pas sur le barycentre des efforts dans le trisoc mais on tombe 30 - 40 cm en arrière de la machine ce qui induit un déséquilibre. La machine devrait fonctionner comme une pièce soumise à 2 efforts et formant une droite colinéaire avec les traits.
Il est dit dans la vidéo que la machine ne rentrait pas bien dans le sol le réglage du talonnage a donc été exagéré et a induit une trop forte pénétration des dents dans le sol et donc une trop grande résistance, amplifiée par l'appui de l'utilisateur.
En tirant une droite entre le point d'attache sur le collier et le barycentre des efforts on passe par le deuxième trou en partant du bas sur le régulateur. Ce réglage de terrage permettrait un meilleur équilibre des forces dans la machine, il ne resterait plus qu'à régler le talonnage pour plus ou moins de pénétration dans le sol en fonction de l'effort et de la qualité du travail voulu.
Reste maintenant le réglage du harnais. Effectivement, on voit bien la barre de fesse enfoncée dans la croupe ce qui traduit de fait une perte dans la répartition des efforts. (Poids trop important du datapalo, mise en butée du système ?...)
J'ai l'impression qu'en tirant une droite colinéaire à la chaîne on obtient un angle tendant plus vers l'angle droit que sur la droite tracée par Deny, ce qui expliquerait que le collier soit trop en appui sur le bas. Encore une fois, baisser le point d'accroche sur le régulateur de la machine permettrait un meilleur appui du collier.
Ceci ne règle toujours pas la différence entre l'angle de traction et l'angle des traits. Pour ce faire il suffirait de remonter un peu la boucle par laquelle passent les traits si cela est possible.
Voilà ma lecture du problème. J'ai hâte de voir vos réactions à ce sujet !
Bise à tous,
Amicalement,
Alexandre Aru
PAGA (futur fabricants de la gaiette et non kassine !)
Salut Alex, ça fait plaisir de voir du monde sur le blog d'hippotèse ! Quelques questions par rapport à ton commentaire, tu dis :
"Ici, si on prolonge la ligne de chaîne, on ne tombe pas sur le barycentre des efforts dans le trisoc mais on tombe 30 - 40 cm en arrière de la machine ce qui induit un déséquilibre. La machine devrait fonctionner comme une pièce soumise à 2 efforts et formant une droite colinéaire avec les traits."
Ce que tu appelles le barycentre, c'est quoi ? la zone de l'outil qui travaille le sol et qui provoque l'effort ?
La cohérence dit qu'il faut avoir une ligne entre le point d'attache au collier et cette zone ? C'est ça ?
Désolé je dégrossis le vocabulaire pour être sur de comprendre.
Salut Aurélien,
Désolé pour mon jargon. Effectivement, le barycentre est un synonyme de centre de gravité ou centre d'inertie ou en gros centre des effet mécaniques appliqué à une pièce ou un ensemble.
Ici, on a un trisoc avec une dent devant et 2 dents derrière, ce centre sera donc un peu reculé comparé au centre de la distance entre les deux dents dans le sens de la marche.
Si on veut avoir le moins de perte possible il faut une droite entre ce point hypothétique et le point et le point d'attache des traits qui devait être le centre de traction de l'animal tracteur. Si ce point ou la droite de traction est mal réglé tu aura forcément des effets de levier et donc de basculement du collier.
Si tu veux aller plus loin tu peux aller jeter un petit coup d'oeil là dessus : https://moodle.luniversitenumerique...
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Je me sert de ça pour comprendre l'influence de l'angle des étançons de cultivateur et pour définir la géométrie de la machine qu'on est entrain de développer... J'ai pas encore débobiner le sujet mais affaire à suivre !
OK Alex, très intéressant c'est cool que vous approfondissiez ça sérieusement !
C'est vrai qu'avec tout le harnachement + l'outil on perçoit mal des fois cette nécessaire géométrie et du coup on a du mal à savoir si on y répond.
ça parait logique une force de chaque coté ( l'accroche du sol d'un coté et la traction du cheval de l'autre) et une ligne droite entre les deux.